Alpes 2030: pourquoi Cyril Linette est le fusible idéal

La présidence est un apprentissage permanent. Tout comme le pilotage de l'organisation de Jeux olympiques. Ce n’est pas le fonctionnement du comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques des Alpes françaises 2030 qui dira le contraire avec les secousses et plusieurs départs, dont le dernier date de ce lundi avec le président du comité des rémunérations, Bertrand Méheut. Une situation qui illustre des dissensions entre certains visages du COJOP dont le cap pourrait ressortir plus affirmé. Tout en sachant qu’en profondeur, les choses avancent concrètement.
Un DG "déconnecté des réalités de la montagne"?
Dans l'organisation du projet "Alpes 2030", l'idée est d'avoir le sportif au centre des sujets. D'où la nomination d'un champion olympique de 1992 à la présidence, à l'image de Paris 2024 le 18 février 2025. La feuille de route est d’ailleurs claire quand Cyril Linette candidate au poste de directeur général, le plan B d’Edgar Grospiron qui voulait Jean François Vilotte, le patron de la FFF, qui finalement décline. Il choisit alors l’ex-patron de Canal+ qui connait forcément les règles du jeu: l’idylle va durer deux mois avant que la trajectoire ne dévie.
Depuis plusieurs semaines en effet, on nous décrit même un directeur général "déconnecté des réalités de la montagne", "pas en phase avec son président". D'après nos informations, le fossé s'est peu à peu creusé entre les deux hommes, illustré par la mise en place de la "Cocom", commission de coordination de décembre 2025. Edgar Grospiron veut débuter à Val d’Isère. Son DG l’en dissuade, craignant des dérives financières pour le navire Alpes 2030, dans ce "choix du boss" comme il le répète à l’envi Linette en off et/ou dans les diners en ville.
Ambiance glaciale entre Killy et Linette
Finalement, bien obligé de se soumettre à l’idée du patron, Linette arrive dans la station de Haute-Tarentaise le 1er décembre avec peu d’empressement. La poignée de main avec Jean-Claude Killy ne va pas le réchauffer: "ah, c’est vous qui ne voulez pas de Val d’Isère aux JO?" Fragilisé (vexé?) par cet accueil, pour sa première en présentiel des terrains d’altitude au poids politique certain, alors qu’il gère depuis plus de 6 mois le navire depuis Lyon, Cyril Linette intensifie sa mise en place, avec l'appui de Bertrand Méheut (président d’un comité extérieur au COJOP), d’un fonctionnement excluant de nombreuses prises de décision: Edgar Grospiron.
Une situation à laquelle l'ancien champion olympique de ski de bosses réagit vite pour reprendre toute son épaisseur au sein du COJOP. C’est trop tard, le mal est fait. Plus rien ne sera comme lors des deux premiers mois. La guerre larvée est lancée: "Tout le monde veut tuer tout le monde", nous confie une source qui ajoute: "c’est Linette qui a nommé ses douze directeurs généraux, il a eu carte blanche pour le faire, ce sont ses hommes. Finalement, n’a-t-il pas construit une équipe contre le patron?" Des directeurs pourtant validés par Edgar Grospiron et le comité exécutif. Le directeur général en charge de la communication, qui avait accompagné Linette dans sa quête de la présidence de la LFP, sera le premier à faire les frais de cette bataille en coulisses.
Le Cojop continue de travailler
Et si les deux hommes s’affichent ensemble, il y a une semaine aux vœux de la Région Auvergne Rhône-Alpes à Lyon, les sourires de façade ne cachent pas, pour les habitués, des crispations de moins en moins cachées.
Fuitent également des suspicions de frais non justifiés par les membres de la première heure: c’est oublier qu’à l’époque où ils ont été engagés, le COJOP, tout juste sorti des fonds baptismaux, n’avait pas encore les outils comptables de les traiter. Tout est justifié depuis, selon des proches de l’organisation.
Cyril Linette a-t-il vu dans cette décision municipale un désaveu de son positionnement? S’est-il senti de nouveau fragilisé après le départ de deux des DG qu’il avait nommé? Le tout après la mise en place par le bureau exécutif d’une mission qui doit rendre ses remarques le 19 mars prochain: si ce n’est pas une mise en tutelle de l’organisation pensée par le DG, c’est au minimum qu’elle doit être perfectible. "On voudrait montrer la porte de sortie au DG qu’on ne s’y prendrait pas autrement", persiffle un personnage influent du monde de la montagne savoyarde, alors que dans les autres vallées du nord au sud des Alpes, la question du départ de Cyril Linette devient de plus en plus au centre des débats. Il rejoindrait ainsi Bertrand Méheut, qui a quitté ses fonctions au comité des rémunérations. Poste pour lequel le COJOP s'est mis en quête d'un profil réputé de l'entreprenariat français. Le Comité international olympique continue d'accompagner le développement du COJOP Alpes 2030, notamment par la présence d'Étienne Thobois, ancien directeur général de Paris 2024, dont les analyses sont "précieuses" pour l'avancement du projet.
A côté de ces remous provoqués récemment, le COJOP continue de travailler. Les équipes sont entrées dans la phase de livraison des Jeux désormais. La Solideo a été activée. Les différents chantiers sont en cours tout comme les appels d'offres par exemple concernant le futur village olympique à Briançon. Avec le récent vote du conseil municipal de Val d'Isère "sur le principe d'intégration de la carte des sites" c'est aussi un levier attendu par Edgar Grospiron qui a été enclenché en vue de la finalisation de la carte des sites, que Cyril Linette pourrait ne pas présenter à côté de son boss, en juin prochain.
Contacté par RMC Sport, Cyril Linette n'a pas souhaité répondre à nos questions et nous a renvoyé à la communication officielle du COJOP, qui avance que "l’ensemble des équipes est mobilisée et concentrée sur sa mission ainsi que sur la séquence de Milan-Cortina. C’est une étape importante, qui doit être riche d’enseignements pour le projet Alpes Françaises 2030. C’est aussi un moment de visibilité et de célébration pour les athlètes et notamment nos athlètes français. La place doit désormais être laissée au sport. L'ensemble des équipes COJOP est alignée sur l'objectif commun de réussite du projet."












