Les besoins priment maintenant sur l’histoire pour établir la part de tarte budgétaire dédiée aux régions, explique Geneviève Biron. Et l’Outaouais n’y fait pas exception.
«On l’a fait cette année, on a changé notre approche budgétaire. On ne parle plus de budget historique. On a vraiment pivoté vers un budget axé sur la performance, pour tenir compte des volumes. Cela a été difficile pour tout le monde dans le contexte global qu’on connaît, mais pour la région, ça n’a pas été défavorable», assure la présidente et chef de la direction.
Pour l’année financière en cours, une enveloppe additionnelle de 45 millions a été octroyée au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), précise Mme Biron, qui salue le «contrôle rigoureux» de l’organisation avec son enveloppe budgétaire.
Selon la plus récente étude de l’Observatoire du développement de l’Outaouais, le manque à gagner pour rattraper la moyenne québécoise de dépenses en santé se chiffre à 348 millions par an, ou 846 $ par habitant. Cela inclut les coûts de services hospitaliers utilisés par des résidents de l’Outaouais en Ontario.
En 2024-2025, les fonds octroyé au CISSSO s’élevaient à un peu plus de 1,56 milliard.
Geneviève Biron jure que la situation particulière de l’Outaouais pèse dans la balance.
«Je peux vous l’assurer: on n’arrive pas avec une approche mur-à-mur. Ce qui nous intéresse, c’est de comprendre les particularités locales.»
— Geneviève Biron, présidente et cheffe de la direction, Santé Québec
Elle se dit convaincue que Santé Québec a des effets bénéfiques pour une région fragilisée comme l’Outaouais, notamment au chapitre des ruptures de service.
«L’été qui vient de passer n’avait rien à voir avec l’été précédent. Ça, ce n’est pas le fruit du hasard, c’est la planification à l’avance: identifier les secteurs problématiques, trouver des solutions, faire des corridors de services pour que les patients aient les soins et services», lance-t-elle.
Délais pour les chirurgies
La patronne de Santé Québec préfère voir le verre à moitié plein quand on lui parle des chirurgies qui attendent depuis plus d’un an d’attente. La liste comptait 910 noms en Outaouais, à la mi-janvier, soit 18 % de tous les cas à travers la province.
«Aujourd’hui, on a 250 patients de moins sur la liste qui attendent depuis un an, par rapport à l’année passée. C’est quand même une amélioration, ils font de petits miracles. On diminue les listes, partout au Québec», dit-elle.
Or, si le nombre de patients en attente depuis plus d’un an a effectivement baissé en Outaouais, depuis janvier 2025, il a reculé dans une plus large mesure ailleurs en province. Résultat: la proportion de patients «hors délai» de la région est passée de 15 % à 18 %.

Comment retenir les travailleurs de la santé du côté québécois de la rivière des Outaouais? Geneviève Biron ne s’avance pas trop, mais reconnaît que le statu quo n’est pas une option.
Sur l’idée de la parité salariale entre le personnel de la région et de l’Ontario, elle souligne que lors de crises comme celle en imagerie médicale, en 2024, les primes attribuées «ont aidé».
Crise des médecins
La patronne de Santé Québec pense que la région saura se relever de la crise en médecine liée à la loi 2, dont elle a été l’un des épicentres, l’automne dernier. Mardi, Radio-Canada a révélé que 33 médecins ont finalement décidé de quitter l’Outaouais.
«Dans les équipes de soins, il y a d’autres médecins qui peuvent reprendre l’inscription aux patients. Il y a tout le Guichet d’accès à la première ligne, aussi. On est en mesure de voir s’il y a d’autres médecins, d’autres cliniques. Des solutions sont possibles», dit-elle, rappelant que Québec a conclu une entente pour que 500 000 patients orphelins additionnels soient pris en charge d’ici le 1er juillet.
Pour relâcher la pression, un nombre élargi de professionnels de la santé peuvent dorénavant poser plus d’actes, comme les pharmaciens, les psychologues et les physiothérapeutes, renchérit Mme Biron, qui compte aussi sur le déploiement de la plateforme Votre Santé. Cet outil permettra aux gens «d’utiliser un filtre de pertinence et d’être dirigés vers le bon endroit».
«On peut penser que de 15 % à 20 % des visites médicales peuvent être dégagées avec cette approche-là, dit-elle, appelant les médecins ayant cessé leur pratique à reconsidérer leur décision. Il y a une culture locale très forte. Les gens sont très engagés, la région se démarque par le taux de présence au travail.»
Nouvel hôpital: 2034 encore dans la mire
Le temps file, mais il est toujours plausible de penser à 2034 pour une ouverture du Centre hospitalier affilié universitaire (CHAU) de l’Outaouais, estime la patronne de Santé Québec.
«C’est l’échéancier qui est connu et communiqué à tous par la Société québécoise des infrastructures. C’est le timeline qui est là, et il n’y a pas d’enjeux à signaler», lance-t-elle au sujet du futur établissement de 600 lits.

Avec le vieillissement des infrastructures comme l’Hôpital de Hull, la nécessité d’un projet comme le CHAU est reconnue de tous, insiste-t-elle.
«Il est nécessaire, car il amène la capacité supplémentaire de chambres. Aujourd’hui, quand on construit de nouveaux hôpitaux, on a toutes sortes d’avantages: la façon dont les lieux sont organisés, c’est attrayant pour le personnel, les équipes de soins; les salles de chirurgies sont un peu plus vastes», plaide-t-elle.
Pour sa collègue Maryse Poupart, vice-présidente aux opérations et à la coordination, le bâtiment neuf aura un grand pouvoir d’attraction.
«Ça attire assurément. La particularité ici, c’est qu’on vient transformer l’hôpital qui existe, donc ça va permettre d’assurer la rétention des ressources. On va être moins en train de se cannibaliser entre établissements. C’est un élément fort important pour l’Outaouais. On va introduire de nouvelles pratiques, intégrer plus de robotique, toute l’organisation des soins sera revue.»
— Maryse Poupart, vice-présidente aux opérations et à la coordination santé et services sociaux, Santé Québec
Alors que deux hôpitaux sur la rive ontarienne ont des projets de construction majeurs, le campus Civic de l’Hôpital d’Ottawa et le nouveau pavillon du Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario, le patron du CISSSO reconnaît qu’on devra «tirer la couverte» pour demeurer attrayant.
Le Dr Marc Bilodeau ne craint pas de délais liés aux travaux de décontamination, une information révélée par Radio-Canada, lundi. Il y aurait l’équivalent de 37 000 mètres cubes de sols contaminés sur le site du du futur hôpital.
«C’était déjà dans la planification, c’est un terrain qui a déjà été habité, il y a eu des constructions dessus. À date, on est toujours sur les rails avec notre échéancier», explique-t-il.


